Prédication (1)
Quel message la Pentecôte peut-elle nous apporter à nous ici à Granville ce 19 mai 2013 ?
Deux textes de la Bible pour y répondre, deux textes célèbres : la tour de Babel Genèse 11, le récit de la Pentecôte, Actes 2.
Quatre siècles séparent ces deux textes, c’est beaucoup, et en même temps ils possèdent tellement de points communs qu’ils se répondent l’un l’autre. Tous deux ont été écrits par des sémites dans un monde proche-oriental où la culture de langue grecque était dominante. Tous deux sont des textes imagés, utilisant le merveilleux (la tour qui voudrait toucher le ciel (un syscraper au sens littéral) dans la Genèse, le bruit venant du ciel, les langues de feu dans les Actes), deux textes qui intéressent toute l’humanité, deux textes qui s’interrogent sur les langues, la compréhension entre les hommes, la question de l’unité et de la diversité, du particulier et de l’universel, de deux dangers qui guettent l’humanité : la tentation dangereuse d’une unité totalitaire qui nie les individualités, la tentation d’une division extrême qui empêche de partager.
- Le mythe de la tour de Babel.
On peut en faire une lecture qui accuse Dieu et présenter Dieu comme un dieu jaloux de ses prérogatives, qui empêche un projet commun des hommes. Des hommes s’unissent pour bâtir un tour et Dieu les punit en les dispersant.
Les Juifs qui ont écrit ce texte peut-être à l’époque d’Alexandre le Grand s’interrogent sur les origines des langues. Y a-t-il eu une seule langue à l’origine de l'humanité ? ou plusieurs langues ? Ils répondent par la première hypothèse.
La tour de Babel nous interroge sur un projet qui paraît séduisant, mais si on y réfléchit bien –et Dieu qui a inspiré ce texte nous y aide- ce projet devient franchement inquiétant : l’idée d’une humanité qui ne se sert que d’une seule langue, qui forme un seul bloc qui va dans une seule direction, qui forme une seule ville, avec une seule volonté, un seule ambition démesurée d’une tour gigantesque qui atteigne le ciel, qui se rassemble sur un seul nom, qui a l’angoisse paranoïaque de la diversité, de la dispersion. Frères et sœurs, ce projet me fait peur, car il correspond tout à fait à un projet totalitaire. Une seule race disaient les nazis, un seul Etat disait les fascistes, une seule classe disaient les Staliniens. Ce n’est pas le projet de YAHWEH, ce n’est pas le projet de Dieu.
Et c’est le premier message de notre Pentecôte. Attention en cette période de mondialisation au projet dément d’uniformisation et à commencer d’uniformisation des langues. Cauchemar d’un monde où on ne parlerait qu’un mauvais anglais simplifié ou qu’un chinois mondialisé. Car c’est le meilleur moyen pour asservir les consciences. Pas d’uniformité, et pas même dans l’Eglise. Il y a diverses pratiques, diverses liturgies, diverses expressions de la foi chrétienne, c’est bien ainsi. Vous savez : la grande arme de l’inquisition a été l’imposition d’une seule langue pour l’expression religieuse, le latin, à tel point qu’en 1559 le grand inquisiteur Valdès publie un index qui interdit toute traduction même partielle de la Bible en langue vulgaire et tout ouvrage de piété catholique écrit en castillan. Seuls les livres en latin sont autorisés. Dans cette langue unique, pas de Réforme possible, pas de Pentecôte.
Denis Prizé
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