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Église Protestante Unie Manche Sud

Blog d'actualités des églises de la Manche (Sud) Saint-Lô | Granville | Agon-Coutainville Suivez-nous également sur Facebook !

Culte de paix du 11 novembre

Publié le 12 Novembre 2018 par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Ce dimanche 11 novembre, Denis anime le culte de paix du 11 novembre.

Voici les textes bibliques lus et médités

Nombres 32 : 1-8, 14-15

Esaïe 11 : 1 et 6-9

Matthieu 5 : 43-48

 

Le 11 novembre 1918 était signé l'armistice qui mettait fin à la première guerre mondiale : 1,4 million de Français étaient morts au combat, 2 millions d'Allemands avaient succombé. Cette mémoire, nous la faisons, éclairée par l'Evangile, face à notre Dieu. On ne peut pas éviter de se poser la question de la guerre, la guerre interroge notre foi, elle peut la faire vaciller ; la guerre nous pose un très grave problème d'éthique collective (quelle position peut ou doit prendre l'Eglise, les Eglises?) et de morale individuelle (comment me comporter, dans la logique de l'alliance avec le Dieu de Jésus-Christ, dans ma condition d'être sauvé par grâce?)

La Bible est une bibliothèque de manuscrits qui ont très souvent été écrits dans un contexte de guerre, soit de guerre à venir, soit de guerre passée, soit pendant une guerre. Les fils d'Israël ont connu la guerre : les batailles, les sièges, avec leurs conséquences : dévastations, déportations et bien sûr blessures, viols et morts ; ils ont été souvent les victimes- agressées-, parfois les acteurs -agresseurs- de ces guerres.

Les trois textes nous font réfléchir sur la guerre :

 

Partir à la guerre ou pas ?

D'abord le livre des Nombres évoque la guerre par une situation très précise : il nous parle de gens -deux tribus sur les douze que comptaient des fils d'Israël qui refusent de partir avec les autres au combat-. Cette sécession n'est pas motivée par une volonté pacifiste mais plutôt par le désir d'assurer leur sécurité et leur prospérité (« nous avons des troupeaux ») et de ne pas s'engager au delà du Jourdain dans une aventure périlleuse. « Ne nous emmène pas de l'autre côté du Jourdain ». S'engager dans une guerre c'est toujours ouvrir une porte sombre, s'engager dans un tunnel dont on ne connaît ni la fin, ni les détours. Les tribus de Ruben et de Gad préfèrent leur sécurité. Beaucoup de raisons peuvent fonder un refus de porter les armes, certaines sont très nobles, comme cet attachement à l'un des dix commandements « Tu ne tueras pas ». Certaines communautés chrétiennes comme les Quakers ou les Adventistes en tirent toutes les conséquences en refusant de prendre un fusil. Le petit passage des Nombres attire notre attention sur les conséquences de nos décisions : ici le souci des autres. Si vous ne vous engagez pas dans la guerre, vous causerez la perte de vos frères dit Moïse. Je ne sais s'il y a des guerres justes, mais dans certaines situations, ne pas faire face par les armes, met en danger nos frères et sœurs, leur liberté, leur intégrité. Fallait-il laisser le nazisme éteindre les libertés et anéantir des peuples entiers ? Fallait-il laisser Daesh créer un empire au Moyen Orient et envoyer ses soldats poser des bombes partout dans le monde, dans les salles de spectacle, les transports en commun, les trottoirs où marchent les passants ?

 

L'horizon de la paix définitive.

Le livre d'Esaïe se saisit de la question dans une perspective eschatologique. Le prophète nous ouvre un horizon, un cap. Une utopie, qui par définition n'est pas de ce monde, mais une promesse à saisir, celle d'un monde sans violence. Esaïe compare le peuple de l'alliance, à un vieux tronc de bois avec ses pesanteurs-la guerre en est une- d'où part une jeune branche. L'image est belle, elle explique que la paix du monde viendra par de petites choses, juste une petite branche de l'humanité.

Cette petite branche qui pousse lentement, sans qu'on y prenne garde, au milieu de tant d'autres branches, de tant d'autres arbres, développe inexorablement cette croissance de la paix dans le monde. Le texte suggère dans des termes très poétiques cette réconciliation universelle à venir : le loup et l'agneau, la vache et l'ours, l'enfant et l'aspic. On voit la paix qui se développe et -malgré tout, malgré les Assyriens, les Babyloniens, les Romains, les armées de César ou de Napoléon, d'Hitler ou de Staline, cette paix avance, toute menue. Elle se propage parallèlement à la progression de la connaissance de Dieu, non pas selon une progression ou reflux de simple croyance en Dieu, mais comme le montre le mot hébreu, une connaissance intime, une relation de proximité et d'amour avec le père de la paix. Nous, Chrétiens, lisons cet oracle comme trouvant son accomplissement dans une naissance, celle de Jésus de Nazareth, le fils de David et de Jessé, le prince de la paix. Noël, qui est à l'horizon de nos calendriers de l'année, nous en rappelle à la fois le passé, l'actualité et la promesse d'avenir : la paix aura le dernier mot sur la guerre, et il n'y aura d'autre armée alors que l'armée du salut et le Dieu des armées ne sera que celui des armées celestes, c'est à dire des astres ou de leurs anges, comme dans l'Apocalypse de Jean.

Dépasser la logique de l'affrontement.

Entre le réalisme des Nombres et l'utopie d'Esaïe, L'Evangile ouvre une voie médiane, celle d'une éthique et une morale du dépassement. A chaque fois Jésus ouvre son propos par « Vous avez appris »et par une citation biblique. D'abord la loi du talion qui était déjà une limitation de la violence et de l'exercice de la vengeance. La loi du talion est en définitive celle de la réponse proportionnée-si souvent utilisée dans l'éthique militaire. Ce commandement ancien, Jésus le confronte à  un« moi je vous dis ». Il propose une autre parole, qui est un dépassement. La justice dépasse le seul respect de la loi, même biblique. La joue offerte a souvent été moquée. Ce n'est pourtant pas un geste de soumission servile mais une attitude visant à faire réfléchir l'autre, en le désarçonnant, en brisant la logique des équilibres circulaires, de la spirale provocation-répression, attaque-défense. Le Christ invite ses disciples à désarmer l'agressivité, à contourner la violence, à un retournement et au don, au don au delà de l'offense. Cela passe toujours par des liens conservés, même dans un grave conflit. L'autre antithèse : « vous avez appris : 'tu aimeras ton prochain' », il n'est pas spécifiquement écrit de haïr son ennemi, mais il est comme inscrit en creux, l'amour exclusif des uns finit par exclure et haïr les autres. Freud a écrit : « il est toujours possible d'unir les uns les autres par des liens de l'amour une grande masse d'hommes, à condition qu'il en reste assez pour recevoir les coups ». Jésus annonce que pour se réclamer de la filiation avec Dieu, il faut faire tomber toutes les discriminations bons/méchants, justes/injustes . Tous bénéficiant de la providence, tous sont susceptibles d'être aimés. L'exclusion ne participe pas du Royaume.

 

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