
Ce dimanche 28 octobre, à Granville, a lieu le culte de la Réformation, animé par Michel.
Les lectures bibliques :
Psaume 126
Hébreux 5: 1-4
Romains 3: 21-28
Voici la prédication donnée en ce jour:
La paix …
« Sola gratia », tel est le slogan de la Réforme (ou Réformation), ce mouvement de fond qui a changé l’Eglise du moyen-âge en amorçant la démocratisation de la religion chrétienne.
Luther, l’initiateur de la Réformation, était un homme tourmenté, angoissé, terriblement exigeant avec lui-même. Il s’est fait moine pour vivre au plus juste suivant l’Eglise de son temps et découvrit que jamais il n’en fera assez pour échapper aux feux du purgatoire. Il avait beau prier, faire tout ce qu’il pouvait, se flageller, jeûner jusqu’à en tomber malade : son angoisse de la mort, sa conviction d’être insuffisant et pêcheur ne le lâchaient pas ; c’est là qu’il a commencé à étudier la Bible Il a poussé ses études, traduit les textes à partir des originaux en langue grecque, araméenne et hébraïque.
Et… il est tombé sur des trouvailles, il a trouvé là, en lisant, en traduisant des récits et témoignages anciens, des mots qui ont été comme un baume apaisant sur la brulure de son âme. Il a découvert que tous ses efforts étaient sans grande importance puisque ce n’était pas pour nos œuvres que Dieu nous aime, mais parce que nous sommes ses enfants.
C’était tout bête, mais il a fallu qu’il le découvre en faisant abstraction du discours abusif et pervers de l’Eglise puissante de l’époque.
Pour Martin Luther, ce fut en particulier la lecture de certains textes qui lui ouvrit les yeux ; un de ceux là est celui que nous venons de lire. Dans ce texte, les mots clés sont « justice », « justification », « justifié ». En résumé, l’apôtre Paul dit aux chrétiens : Vous avez été justifiés par Dieu en Jésus-Christ ».
Aujourd’hui on ne parle plus guère du Dieu qui justifie. C’est un langage d’un autre temps, un peu austère.
Si ces termes ne sont plus très à la mode lorsqu’on parle de Dieu, c’est par-contre un sujet que nous retrouvons dans notre quotidien le plus banal ! Pas besoin de chercher trop loin. Dès que vous entreprenez une démarche administrative, surtout pour demander quelque chose, 9 fois sur 10, on va vous demander des documents supplémentaires : « Veuillez annexer les pièces justificatives » prouvant qu’on a bien travaillé de là à là, pour prouver qu’on a vraiment besoin d’une aide-ménagère, pour prouver qu’on est bien parents de nos enfants ou qu’on ne gagne vraiment pas plus que ce qu’on a déclaré aux impôts ! Une manière de nous dire : « Prouvez-nous que vous n’êtes pas un menteur ! »
Et si vous faites un peu attention, vous serez peut-être effrayés de découvrir combien souvent, dans votre vie, vous êtes contraints de devoir vous justifier.
Pas seulement dans la paperasserie ou les grandes affaires importantes, mais déjà dans les situations les plus anodines. Vous décrochez le téléphone et la première chose qu’on vous dit : «Ca fait deux jours que j’essaye de t’avoir ! ». Mon réflexe immédiat : donner une explication à mon interlocuteur pour justifier mon absence, au lieu de lui dire : « Mais, je suis là maintenant ». Ce réflexe nous l’avons tous dans tous les domaines de la vie, dans les relations familiales, sociales et professionnelles.
En fait, pour maintenir ma place dans la société, pour être reconnu, accepté, si possible, aimé, je dois à tout prix mettre mes qualités et mes compétences en avant.
Mais comme je suis loin d’être infaillible, pour maintenir ma place dans la société, il faut bien que je négocie aussi mes faiblesses, mes manquements et mes ratés. Ca c’est déjà plus compliqué. C’est alors que je recours le plus souvent au moyen qui s’appelle précisément « la justification », l’autojustification plus précisément.
Tout ce qui ne va pas dans ma vie nécessite une justification, si je veux garder la tête bien haute. Et pourtant ce remède, à première vue commode, est finalement toxique. Exemple : si quelqu’un dit : « Je suis alcoolique parce que mon père était alcoolique », c’est peut-être vrai et de toute façon malheureux. Mais ce qui est grave, réside dans le fait qu’une telle autojustification ne fait qu’expliquer un malheur qu’elle inscrit dans une répétition banale : « Je n’y peux rien, c’est à cause de … "
Cette forme de justification est une défense qui tue dans l’œuf tout projet de changement. Théologiquement exprimé, nous sommes au niveau du péché expliqué et non dans le processus du pardon du péché et d’une vie renouvelée. Pris dans le tourbillon de l’autojustification, nous arrivons finalement, non plus à vivre tout simplement au mieux possible, mais à vouloir justifier notre présence sur terre.
Ce malheureux symptôme est ressorti clairement lors de visites paroissiales qu’il m’est arrivé de faire. J’ai entendu trop souvent des personnes âgées dire : « Je ne sers plus à rien ! » Et les personnes qui vous disent cela, ce ne sont pas du tout des gens qui ont « raté » leur vie mais des grands-pères, des grands-mères qui ont beaucoup travaillé, qui ont élevé des enfants, qui ont participé à la vie de la société.
« Je ne travaille plus, on n’a plus besoin de moi, je suis trop faible pour certaines choses. »
Conclusion : Je ne sers plus à rien », en d’autres termes : « Je ne peux plus justifier (le mot est dit) mon existence »
Voilà la triste sagesse imposée par une société malade qui ne vise que la performance.Eh bien, chers frères et sœurs, maintenant nous pouvons essayer de retourner vers l’apôtre Paul pour réexaminer si ces propos sont aussi passés de mode qu’il n’y paraissait au début.
« Vous êtes justifiés par Dieu, en Jésus-Christ ! » Ne l’entendons-nous pas un petit peu autrement, cette phrase ?
Ainsi ma vie, dans ses beautés et ses laideurs, ne se trouve justifiée par aucune instance de ce monde, mais par la source même de la vie qui est derrière et surtout devant moi.
Elle est pour nous aujourd’hui, cette parole de consolation qui dit :ne crains rien car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi.
Non, n’ayons aucune crainte, de vivre, d’aimer, de mourir même : nous sommes tous justifiés.
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