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Église Protestante Unie Manche Sud

Blog d'actualités des églises de la Manche (Sud) Saint-Lô | Granville | Agon-Coutainville Suivez-nous également sur Facebook !

Donner, la libéralité dans l'Eglise.

Publié le 26 Juin 2014 par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud. in culte

Donner, la libéralité dans l'Eglise.

Chantal animé le culte du dimanche 22 juin à Saint-Lô.

Texte biblique: la lettre à Phimémon.

le texte a été lu par Prescille. C'est une prédication inspirée du pasteur Etienne Vion.

D'abord, il peut paraître bizarre que les Chrétiens d'autrefois se soient autorisés à rendre publique une telle lettre très personnelle. L’Apôtre Paul écrit ici à Philémon au sujet d'une affaire privée. N'est-ce pas gênant de sembler nous mêler de quelque chose qui ne nous regarde pas directement ?

Or, il y a dans cette lettre plusieurs indices formels qui indiquent bien au contraire que celle-ci n'a nul caractère confidentiel. Il n'y a donc aucune indiscrétion à la lire.

Certes ; Paul s'adresse prioritairement à Philémon. Et tout à la fois aussi, clairement, à travers lui à la communauté qui se rassemble en sa maison. Paul écrit effectivement de sa main, tout en associant à sa démarche Timothée et plusieurs autres collaborateurs . Au total, cette brève lettre mentionne une douzaine de personnes différentes . Les chrétiens d'alors ne s'y sont pas trompés . Directement visé et premier concerné, Philémon lui-même a bien compris que sont cas particulier évoqué ici a une valeur générale.

Autre étonnement, ensuite, c'est que l’apôtre ne profite pas de l'occation pour dénoncer le scandale qu'est l'esclavage. Qu'est-ce que cette affaire ? Onésime est un esclave de Philémon. Il s'est enfui . En des circonstances qu'on ignore, il rencontre Paul. Or Paul est un ami de son maître Philémon. Paul évangélise Onésime qui devient alors chrétien . Comme il avait auparavant annoncé l’Évangile à Philémon. Et Paul de renvoyer Onésime vers son maître, sans remettre en cause l'esclavage. Voilà qui peut nous choquer. C'est que l'apôtre fait mieux encore. Il plaide en faveur de l'esclavage.
Et c'est le troisième étonnement : l'art rhétorique par lequel l'apôtre s'efforce de véritablement convertir à nouveau Philémon. Car nul ,'est chrétien une fois pour toutes. Chrétiens il nous faut le devenir davantage, jour après j
our.

Aussi avec beaucoup de sincérité, Paul commence sa lettre en exprimant toute l'estime qu'il porte à Philémon. Il remercie Dieu pour ce qu'est Philémon, le don qu'il est spécifiquement pour l’Église. Et Paul , de plus, est particulièrement reconnaissant pour ce qu'il a personnellement reçu de lui. Il y a là comme un axiome de base : toujours commencer par témoigner sa reconnaissance.

Ensuite seulement, il lui adresse sa requête.Il pourrait user de son autorité pour refuser de se conformer à son vœu .Au contraire, humblement Paul le sollicite en respectant sa liberté et en appelant à son sens des responsabilités ? Et si Onésime, en s'enfuyant, avait commis quelques larcins, Paul s'engage à dédommager personnellement Philémon. Non sans glisser que ce dernier, cependant, a lui-même une dette immense à son égard !

En définitive, sans bien sur lui en intimer l'ordre, Paul suggère fortement à Philémon d'affranchir Onésime et, en tout état de cause, de l'accueillir, non plus comme un esclave mais comme un frère en Christ. Puis de le lui renvoyer. Car Onésime serait utile à Paul retenu en captivité. Onésime dont le nom signifie précisément

« Utile « . On imagine aisément que Philémon n'a pas pu se dérober à une telle injonction pressante. Lui dont le nom signifie « Aimable «.

Cette lettre atypique du Nouveau testament est riche d'enseignements. Je vous propose d'en relever quelques uns, sans être exhaustif.

Sans dénoncer ni combattre frontalement le système économique et social de l'esclavage, le christianisme l'a en fait profondément renversé, ruiné, miné de l'intérieur ? D'ailleurs, c'est le même apôtre qui écrit aux Galates : 3 il n'y a plus ni esclave, ni homme libre … « . Ce n'est pas là le propos d'un moraliste. C'est bien l’Évangile même qui est affirmé ici. Nos Églises n'ont pas à ériger un quelconque modèle économique en système idéal et absolu. Il importe surtout d'être lucide sur les imperfections propres à tout système, pour y remédier.

L'esclavage est désormais officiellement aboli. Il n'en demeure pas moins toujours nécessaire de subvertir nos systèmes économiques, ô combien injustes et pervertis. Dérivé du mot liberté, le terme « libéralisme « , est sujet à controverse . Je lui préfère un autre mot de la même famille : la « libéralité «. En laquelle se concrétise générosité et largesse. Voilà ce que nos églises ont à réaffirmer et à ré expérimenter sans cesse . Seul le don nous libère de nos égoïsmes et nous ouvre la fraternité véritable. Le don, c'est l'invention de Dieu pour affranchir le monde de tous les calculs mesquins . Le don,qui ruine toutes les spéculations mortifères et contredit tous les pronostiques étriqués. Le don qui casse la spirale infernale de l'enrichissement perpétuel des plus riches au détriment des plus pauvres qui s'enfoncent toujours davantage dans la misère. Le don ne saurait être forcé, contraint. Donner ne s'impose pas . Cela se choisit. Il y faut une volonté tenace. Pas seulement une émotion fugitive.

Il se raconte qu'au 15ème siècle, le roi d'Espagne avait pris comme ministre des finances quelqu'un de particulièrement talentueux. Cette grande réussite dans sa tâche suscitait beaucoup de jalousie. Des rumeurs et propos calomnieux circulaient à son sujet. Des conseillers sont allés voir le roi pour prétendre que le ministre s'enrichissait personnellement avec l'argent du royaume.Le roi a donc demandé à son ministre de lui faire le compte de sa fortune personnelle. Trois jours plus tard, le ministre se présente devant le roi et lui indique une somme pas très élevée. Le roi lui dit « Tu te moques de moi, ta maison à elle seule vaut plus que l'argent que tu annonces et je sais que tu as d'autres biens « . L'homme répond : « La somme que je t'ai indiquée représente tout ce que j'ai donné aux œuvres, pour la charité et la justice , depuis que je suis ministre car cela seul m'appartient. Tous mes autres biens, tu peux me les confisquer demain et je ne les aurai plus. Mais personne ne peut me prendre ce que j'ai déjà donné. Se sont là mes seules vraies richesses.

Notre rapport aux biens que nous possédons est une affaire hautement spirituelle. La question n'est pas tant : « Que dois-je faire avec ce que je possède ? « Elle est davantage : « Que fait de moi ce que je possède ? « Les chrétiens n'ont jamais cesser d'essayer de répondre à cette question des biens matériels au cours de siècles.

S'efforçant au mieux de désacraliser l'argent. Entreprise de longue haleine . Certains ont prôner de se déposséder de tout, ou proposé une radicale communauté de biens. Ces modèles éminemment utopiques subsistent aujourd'hui encore, non sans écueils. Car il ne faut pas se leurrer, il n'existe guère de gratuité pure.
L'apôtre Paul, qui a visiblement beaucoup réfléchi et écrit à ce propos, préconisait, quant à lui, la solidar
ité

« œcuménique «, c'est à dire de toute la terre habitée, au moyen de la collecte. A savoir, une offrande collective, libre et volontaire, à visée communautaire. Une incitation, ô combien pertinente de nos jours, à hiérarchiser nos besoins afin de contenir notre boulimie de consommation insoutenable . Le procédé est d'une simplicité désarmante :

avant d'avoir tout dépensé, mettre d'abord de côté et offrir ce que l'on décide de donner librement et joyeusement . Cet ordre de priorité est primordial tant il est à craindre qu'il ne reste pas grand-chose à partager si nous commençons par tout dépenser . Ainsi, donner résolument c'est consentir au manque. Il ne s'agit pas pour autant de se priver au risque de se mettre en danger. C'est être un tant soit peu attentif aux besoins fondamentaux des autres afin de les soulager au mieux. C'est une question d'équité, d'équilibre. Le niveau de vie des uns ne saurait durablement aux antipodes de celui des autres.

Une image donnée par des Pères de l’Église illustre cela à merveille. Supposez le monde, l'humanité, tel un cercle. Et en son centre, en son cœur, Dieu. Se rapprocher du centre, c'est simultanément se rapprocher les uns des autres. Plus l'humanité ira vers son centre, vers son but ultime, plus elle se serrera les coudes. Il n'y a pas d'autre voie. L'humanité passe par l'autre parce que Dieu passe par l'autre. On ne va pas à Dieu sans se rapprocher des autres et vice et versa.

Beaucoup de ce qui ne nous est guère utile, voire carrément inutile, nous encombre, serait tellement utile et même indispensable à d'autres. Paul n'a pas exigé l'impossible à Pholémon. Il a espéré et attendu tout le possible de lui. Cela ne fut pas rien ! Faire d'Onésime un cadeau, une grâce.

Quand nous prions « Notre Père … pardonnes nous nos offenses … « souvenons-nous que Luc, en son Évangile, rapportant la prière enseignée par Jésus, évoque concrètement les dettes réciproques auxquelles il s'agit de renoncer les un vis-à-vis des autres. Il conviendrait souvent de prier plutôt « Pardonnes-nous nos .. offrandes « . Tant elles sont dérisoires en regard de nos réelles possibilités. Ce que nous donnons en argent compensant bien modestement notre relative indisponibilité à rendre service aux autres.

Sans doute ai-je été quelque peu sentencieuse. Alors voici les pensées spirituelles, dans la double acceptation du terme, de 2 célèbres humoristes. Tristan Bernard d'abord : Qui donne aux pauvres, prête à Dieu ; qui donne à l’État prête à rire … « Surtout dans un pays comme le notre qui encourage notre don par la déduction fiscale. Et Pierre Da : « Donner avec ostentation n'est pas très joli ; mais ne rien donner avec discrétion ne vaut guère mieux ! « Amen

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