Samedi 16 novembre 2013, Michel Desiage-Urbain anime le culte au temple de Granville.
Voici les mots par lesquels Michel accueille au nom de L'ETERNEL l'assemblée:
"Frères et sœurs, je vous souhaite la bienvenue dans ce temple, où nous sommes venus pour rechercher la présence de Dieu, écouter sa Parole et méditer.
Que chacun de nous se sente accueilli.
Que chacun de nous se sente ici comme chez lui."
Les passages de la Bible lus ce samedi soir:
Deutéronome 4: 1-8
Jacques 1:19-25
Marc 7: 1-8 et 14-23
Voici la prédication qui a été donnée:
Frères et sœurs, j’aimerais bien savoir si, ce midi, avant de vous mettre à table, vous vous êtes lavé les mains !......
C’est vrai que nous le faisons régulièrement, et que nous obligeons les enfants à se laver les mains avant de passer à table, mais, dans ce cas précis, il n’est pas question de pureté rituelle, mais tout simplement d’hygiène et de propreté.
Par contre, la religion juive et le système de pensée qui s’y attache est construit, entre autres, sur la distinction entre le « pur » et « l’impur ». Toute personne qui doit s’approcher du Dieu Saint doit être en état de pureté ; d’où les nombreux rites de purification que l’on rencontre dans l’Ancien Testament. En particulier, les prêtres juifs devaient se purifier avant d’officier dans le sanctuaire ; un bassin des purifications leur permettait de se laver aussi souvent les mains et les pieds qu’ils le voulaient, quand ce n’était pas en totalité.
Exemple : comme nous pouvons le lire dans le Lévitique, au jour du Grand Pardon, Aaron doit se couvrir le corps d’une tunique et d’un caleçon de lin, et porter une ceinture et un turban de lin ; toutefois, comme ces habits sont sacrés, il doit se baigner avant de les revêtir.
Mais ces ordonnances concernant les rites de purification ne concernent pas que les prêtres, mais toute la population ; en effet toucher un mort met en état d’impureté ; une maladie comme la lèpre vous fait mettre en quarantaine et celui qui aurait le malheur de vous touché serait contaminé à son tour.
Pour en finir avec l’impureté, il faut accomplir un certain nombre de rites, sacrifices et autres gestes bien déterminés.
Tout ceci pour bien mettre en évidence que toute la vie de l’israélite était conditionné par cette hantise de devenir impur. De ce fait, on peut affirmer que tout le système social juif reposait sur deux piliers : la distinction entre le pur et l’impur, et la distinction entre le sacré et le profane.
Il en existe un troisième, moins lié à notre propos d’aujourd’hui, qui est la distinction entre le juif et le non-juif.
Voila donc le contexte, l’arrière plan culturel dans lequel il faut replacer le texte de l’Evangile de Marc que nous avons lu tout à l’heure. Ce à quoi il faut ajouter que les pharisiens s’obligeaient (et cherchaient à obliger les autres) à en faire plus que la loi écrite dans l’Ancien Testament n’en demandait. Ainsi, se laver les mains avant de manger était exigé des prêtres, mais les pharisiens voulaient l’imposer à tous.
Et c’est ainsi que nous entrons dans le vif du sujet, dans la polémique qui oppose Jésus et les pharisiens. Face au légalisme des pharisiens, Jésus préconise l’observation de la loi de Dieu avec le cœur. Autrement dit :
- inutile d’être plus royaliste que le roi !
- inutile d’en faire plus que ce que Dieu demande !
- pas la peine d’en rajouter !
Jésus fait ici la distinction entre les commandements de Dieu et
l’enseignement des hommes. L’enseignement des hommes, c’est tout ce qui vient se surajouter à la Parole de Dieu, ce qui est appelé aussi : « la tradition des hommes » ou « la tradition des anciens ». Jésus propose ainsi un décapage, un retour aux sources, retour à la case départ ; retour à la base de départ.
Et cela n’est pas pour nous déplaire, nous autres, protestants, puisque cela fait partie de nos principes depuis toujours, c'est-à-dire depuis cinq siècles.
En effet, notre slogan : « L’Ecriture seule » se voulait polémique au 16ème siècle, face à une église catholique qui s’appuyait sur l’Ecriture et sur la tradition (on retrouve le mot !), l’Ecriture éclairée (disait-on) par les interprétations successives.
- Ecriture et tradition d’un côté ;
- L’Ecriture seule de l’autre.
Somme toute, on n’est pas loin du différend entre les pharisiens et Jésus :
- commandements de Dieu + règles humaines d’un côté,
- commandements de Dieu pleinement suffisants de l’autre.
Car ce n’est pas en multipliant les commandements, les rites et les gestes
que l’on parviendra à plaire au Seigneur, mais bien plutôt en ayant un cœur bien disposé. Tout doit partir de là, dit Jésus : du cœur, et alors l’observation des commandements divins prendra une autre dimension, une autre perspective.
« Le cœur » vous dis-je !!
Et pour Jésus, le cœur de l’homme ne peut être souillé, contaminé par ce qui vient de l’extérieur et qui entre dans le corps : « rien de ce qui entre en l’homme du dehors ne peut le rendre impur, car cela n’entre pas dans son cœur » comme nous l’avons lu dans le 2ème passage de l’Evangile de Marc.
Ainsi, ce qui entre dans l’homme ne peut pas le rendre impur ; et Jésus se fait ici presque trivial : la nourriture qu’on prend entre seulement dans le ventre, et sort ensuite du corps. Ce qu’on mange à la salle à manger et qu’on digère à la sieste, est évacué au WC….
Et l’évangéliste ajoute ensuite, en guise de commentaires : « Par ces paroles, Jésus déclarait dons que tous les aliments peuvent-être mangés ». Donc pas de problème de ce côté-la. Sur le plan de la pureté rituelle, ce qu’on mange, qu’on se soit lavé les mains ou non, ne fait pas de difficulté aux yeux de Jésus.
Par contre, c’est ce qui sort du cœur de l’homme qui pose problème. Le cœur est à l’origine de nos comportements, et Jésus énumère un certain nombre de ces comportements, ceux qui sont négatifs, comme les intentions mauvaises, les vols, les meurtres, l’adultère, les injures, etc… Ce sont pour la plupart, des conduites qui touchent les relations avec notre prochain, qui faussent et pervertissent ces relations.
C’est cela que Jésus condamne, parce que ces comportements nous rendent impurs. Jésus ne dit pas qu’ils rendent les autres impurs, il dit qu’ils nous rendent impurs.
Nous pouvons nous rendre nous-mêmes impurs par certains comportements, en prenant des mauvaises décisions et de mauvais chemins. Alors c’est le cœur qui doit être nettoyé, pas seulement les mains. Parce que le cœur est la source de la pureté ou de l’impureté. Et c’est sur cette pureté-la que Jésus insiste, c’est elle qu’il tient pour tout à fait essentielle.
« Le cœur » vous dis-je.
S’inscrivant en faux contre Jean-Jacques Rousseau et sa parole bien connue : « l’homme est naturellement bon, c’est la société qui l’a corrompu », Jésus dirait plutôt : « l’homme est naturellement mauvais, c’est le péché qui l’a corrompu ». Et s’adressant à chacun de nous, il ajouterait : « mais si tu le veux, je peux te rendre pur, je peux purifier ton cœur ».
Et il me vient ici l’image d’une source qui serait polluée par la présence du cadavre d’un animal ; de ce fait tout le ruisseau n’est qu’une eau impropre à la consommation. Et le ruisseau de ces eaux troubles et polluées est abondamment décrit dans notre texte. Mais la source peut-être nettoyée ; l’eau qu’elle produit est limpide et bonne, et, au bout de quelques temps, tout le ruisseau n’est que de la bonne eau qui vivifie et fait du bien.
Ô Dieu, crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé, s’écriait le psalmiste. Telle pourrait être notre prière, si toutefois nous avons conscience de ne pas être totalement étrangers à cette énumération de tout ce qui sort de l’homme et qui le rend impur.
Car il ne suffit pas d’avoir la façade d’un bon croyant, d’un bon chrétien, d’un bon protestant. Ce n’est pas la façade, l’apparence, qui intéresse Jésus, mais ce qu’il y a dans notre cœur. Et puisque les deux autres textes que nous avons lus parlaient de mettre en pratique la Parole du Seigneur, sachons qu’à partir du moment où notre cœur est changé, la mise en pratique suit spontanément, parce qu’elle vient du cœur, et non d’une quelconque obligation morale ou religieuse.
Laissons donc de côté les pharisiens de tout poil, et écoutons enfin Jésus pour qu’il purifie notre cœur, et notre vie toute entière.
Ecoutons-le et servons-le plus par amour que par devoir. AMEN
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