"Etrangers et voyageurs sur la terre" 1 Pierre 2:11
Voici un témoignage d'un de nos frères dans l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud:
"Un matin de janvier 1975, je débarquai à l'aéroport d'Orly sud, en provenance du Cameroun, pour des études universitaires. Inscrit en première année de médecine, j'ai vite changé d'orientation pour des études d'histoire et de géographie, sanctionnées par une double maîtrise. En 1979, je repars donc au Cameroun sous l'instigation du gouvernement camerounais où j'ai enseigné pendant deux ans, pour trois mois de salaire effectif.
Fortement déçu, je repris le chemin pour la France, sans visas, et je fus logiquement refoulé vers le Cameroun. J'avais alors dû passer par la Belgique et traverser frauduleusement la frontière française (...)
Une nouvelle phase de ma vie va commencer, puisqu'avant j'étais étudiant et maintenant je devais travailler en France à cause du Cameroun. De fait, j'étais devenu un réfugié « économique ». Je vais déchanter car l'euphorie des années estudiantines de 1975 à 1979, a laissé place à l'amertume : la situation économique s'est détériorée. Parfois, on me demande d'où je viens, si je suis français et surtout pourquoi je reste en France, alors que j'ai fini mes études.
J'ai même connu la prison pour un soit-disant séjour irrégulier en 1986.
J'ai même créé des sociétés avec des fortunes diverses et j'ai quitté la région parisienne pour Amiens dans la Picardie où j'ai vécu pendant quinze ans en essayant de m'intégrer ! M'intégrer, ce fameux mot « intégrer » pour un vieux nègre comme moi n'a pas de sens, car plus je reste en France, plus je me désintègre et pour cause ! Je viens d'un pays - le Cameroun - qui ne veut plus de moi, et m'accroche à un autre pays - la France - qui ne veut toujours pas de moi. Avec pour conséquence immédiate le repli communautaire ! Décidément, je ne suis chez moi nulle part (...)
Voyez-vous, je suis en situation régulière, alors mettez-vous à la place des migrants et des réfugiés qui aspirent à une vie meilleure et qui débarquent aux portes de l'Europe avec des moyens précaires et des issues souvent dramatiques. Quelles sont les perspectives offertes ?
Aujourd'hui, à plus de 60 ans, je suis trop jeune pour la retraite et trop vieux pour travailler, mes enfants n'ont toujours pas le droit de vivre dans ce pays qui les considère « étrangers »
Adolphe Hie Um, Saint-Lô.
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