"Après Babel, comprendre c'est traduire". George Steiner.
Parce que plus personne ne parle le grec et l'hébreu de l'Antiquité, comprendre la Parole de Dieu que nous croyons trouver dans la Bible, c'est d'abord la traduire.
La traduction de la Bible pose deux défis d'après le philosophe protestant Paul Ricoeur:
-l'épreuve de l'étranger: traduire, c'est transposer dans notre langue, notre contexte mondialisé du XXIème siècle, des mots, des phrases, des textes écrits il y a quelque deux mille ans ou plus (pour le premier testament), dans un autre contexte, une autre culture: premier étranger. Qu'a t-on voulu dire? Sachant que des mots aussi simples qu'aimer, craindre, femme, Dieu avaient sans doute un tout autre sens qu'aujourd'hui. Et puis se superpose un deuxième Etranger, celui de la Parole même de Dieu. Comment traduire ce que le Tout Autre révèle, comment recueillir dans nos pauvres mots l'indicible présence?
-l'épreuve de soi, car il y a souvent malentendu. "Je ne te comprends pas, je ne me comprends pas, alors comment comprendrais-je les mots de la Bible ?". Travail de la langue sur elle même aussi.
Ces difficultés doivent-elles nous décourager? Non, car elles sont salutaires, elles nous incitent à l'humilité, nous détournent du littéralisme. Quel sens a cette phrase: "c'est vrai puisque c'est écrit", sachant que l'écrit et l'Ecriture nous sont transmis par des traductions?
Traduire et lire la Bible c'est côtoyer les contrées de l'indicible. Au lieu du dogme imposé, s'ouvrent la méditation, le partage de lecture, la traduction et la lecture infinies...
Traduire la Bible nous donne une leçon de vie: "nos meilleurs échanges, dans l'amour et dans l'amitié, garderaient-ils cette qualité de discrétion, qui préserve la distance dans la proximité?" P Ricoeur.
Denis Prizé
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