Ce soir, nous fêtons l'Ascension. Jésus a vécu une trentaine d'années en Gallilée-Judée, est mort (fait historique), son tombeau a été vide (fait qui interroge l'histoire et notre foi), il a rejoint une autre dimension, appelée « ciel » dans les Evangiles. C'est cela l'ascension que nous célébrons aujourd'hui. C'est une donnée de la foi.
La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu, notre Père et de Jésus-Christ, élevé dans les cieux en ce jour de l'Ascension.
les lectures bibliques faites ce soir:
Marc 16:19-20
Hebreux 3:7 à 4:1
Voici la prédication proposée par Denis:
A Marie de Magdala, Jésus ressuscité aurait dit : « ne me retiens pas ». Jésus après sa mort, et sa resurrection prend son envol, non comme un cosmonaute, mais dans cette mystérieuse libération dans un espace temps sans limite. Il n'est plus ici-bas, dans un lieu précis. Mais il est dérobé à notre vue, non pas pour ne plus être, mais pour que nous allions à sa rencontre sur les routes de notre vie, pour le découvrir, ailleurs et partout.
C'est dans ce contexte que l'auteur de l'épître aux Hébreux, peut-être un disciple de Paul qui écrit vers 30 ou 40 ans après la disparition de Jésus prononce cette prédication.
Lire la Bible.
L'auteur cite un passage des psaumes, le psaume 95 dans sa version grecque. Il le cite deux fois. Le passage est introduit une fois : « il est dit ». Juste citation d'un écrit humain. Et une autre fois : le locuteur est nommé « L'Esprit Saint ». Intéressant, alors que nous sommes invités par notre Eglise protestante unie à nous engager dans cette dynamique « lire la Bible », de questionner notre rapport à cette petite bibliothèque, et notre pratique de lecteur / lectrice de la Bible.
"Il est écrit "

: la Bible est un morceau de la littérature mondiale, un ensemble de textes de l'Antiquité, des textes écrits par des hommes qui vivaient dans une autre culture, dans une toute autre période historique. C'est un texte humain, avec toute la richesse, les limites, les lacunes d'un texte humain.
Il est normal de trouver ce texte souvent étrange, voire étranger. Mais c'est bien, au milieu de mon monde de voir surgir un autre monde, la bible comme n'importe quel livre de la littérature me décentre, me sort de mon petit univers, à la rencontre ce qu'ont écrit d'autres hommes que moi, ayant une autre vie que la mienne.
Mais l'épître aux Hébreux introduit une autre fois par « le Saint-Esprit le dit ». Du coup la Bible acquiert une autre dimension. Michel nous parlera probablement de l'Esprit Saint à la Pentecôte. En tout cas ici, le texte devient souffle, respiration, non pas n'importe quel souffle, celui de Dieu, et dans la foi de toutes les Eglises, ce souffle est Dieu lui même. On dit communément que le le texte est inspiré. Ce qui ne signifie pas que la Bible est la parole de Dieu, lettre à lettre, mais qu'à travers ces mots très humains, Dieu nous parle. Et qu'il nous parle ici et maintenant, il nous parle individuellement dans notre lecture personnelle, suivie des Ecritures. Il nous parle collectivement à notre communauté, celle de la paroisse protestante unie de Granville. J'aime cette dynamique qui nous fait entrer dans une longue lignée de lecteurs-auditeurs croyants. Esaïe parle aux judéens du VIII eme siècle av JC et à nous en 2018. Evidemment Fay, Rolland, Maddy et tous les autres de Granville ne vont pas comprendre la même chose que Ozias, Yotam de Jerusalem.
Ecoute, Dieu te parle.
Il y a quelque chose à entendre, la voix même de Dieu à travers ces textes. Seule condition : ne pas fermer, le texte dit ne pas appesantir son cœur, ne pas faire écran. C'est s'ouvrir au texte. S'ouvrir, ce n'est pas tout accepter, faire taire ses incompréhensions, voir même sa colère devant tel ou tel aspect du texte. Résister à un texte c''est déjà ne pas lui être indifférent. Je cite notre présidente du conseil national, Emmanuelle Seybolt : « je pourrai aussi vous parler des larmes (il y a des passages qui me bouleversent dans la Bible : l'arrestation de Jésus, la ligature d'Isaac, ou ce simple verset « Jésus pleura »), des éclats de rire (il y a des hisstoires dans la Bible qui sont si bizarres, comme les aventures matrimoniales de Jacob et sa première nuit de noces), de la sidération ( comment Dieu vient mettre en danger la vie de Môïse et comment sa première femme Sipporah saisit un silex et tranche dans le sexe de son mari), de la colère (comment Lot livre sa propre fille...) du refus ( la violence, les sacrifices sanglants), de la contrainte (lire sans s'arreter ou penser à autre chose, les onze chapitres de généalogie des Chroniques), de la joie ( les récits de guérison), la paix (les paroles de consolation des psaumes ou de Jésus ou de Jean « mes petits enfants... , que votre cœur ne se trouble pas). , tous ces sentiments et tant d'autres provoqués par la lecture de la Bible, au cours des études bibliques ou dans ce long travail de maturation vers la prédication, parfois bras de fer, parfois joie totale, le plus souvent un peu des deux ».
Il n'est pas trop tard.
Dieu continue à vous appeler. Le Royaume de Dieu, c'est si je puis dire, open bar tous les soirs. Tous et toutes nous sommes appelés. A tous et toutes Dieu à des chose à nous dire. Le Christ est au milieu de nous, au moment où nous chantons, prions, lisons la Bible, écoutons une prédication. C'est possible grâce à l'Ascension. Ayant quitté sa dimension biologique, le Christ est disponible pour tous, à tous les âges. « Personne ne doit penser qu'il arrive trop tard ».
Comme dans toute relation sur une longue durée, vie de couple, amitié, il faut tenir la distance.
« Nous devons garder jusqu'au bout la confiance que nous avions quand nous sommes devenus croyants ». le maître mot, ici, est la confiance. Sans cette confiance, nous risquons de partir à la dérive dans un monde où tout et son contraire sont dits, où il faut réagir à l'instant t.
A l'heure des réseaux sociaux et des grandes incertitudes planétaires et personnelles, Dieu nous montre un cap : le repos qu'il promet, non pas des RTT, mais le sabbat où nous sommes appelés à nous ressourcer auprès de celui qui est la vie en plénitude.
Le Seigneur de l'Ascension l'a promis : « Nous entrerons dans son repos » C'est le souhait que je nous formule, à chacune, chacun de nous »
Amen.
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