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Église Protestante Unie Manche Sud

Blog d'actualités des églises de la Manche (Sud) Saint-Lô | Granville | Agon-Coutainville Suivez-nous également sur Facebook !

Qui pour succéder aux apôtres? Actes 1:15-26

Publié le 19 Mai 2013 par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud. in bible

Qui pour succéder aux apôtres? Actes 1:15-26

"Qu'un autre prenne sa charge!" Actes 1:20

La succession apostolique, ou le choix de ceux qui vont" témoigner de la Résurrection" en dirigeant l'Eglise, est une question délicate qui divise encore les Eglises aujourd'hui.

Choix de la centralisation, de la nomination, de la cooptation, de l'élection?

Dans cette communauté naissante qui attend encore l'Esprit de Pentecôte, quand il s'agit de remplacer Judas qui s'était suicidé, la communauté sous la direction de Pierre, choisit le tirage au sort. (Actes 1:23-26)

J'avoue être mal à l'aise face à ce mode de choix même si je sais que dans l'Antiquité (et pas seulement juive) le tirage au sort signifiait le choix de la divinité.

Je retiens ici:

-le rôle de Pierre, "qui se leva au milieu de ses frères"

-l'importance de la collégialité: "il faut qu'il devienne avec nous"

-l'idée centrale du témoignage.

-l'élection ultime de Dieu

J'aime cette prédication de Jacques Morel qui met en perspective ce texte:

Dans le livre des Actes nous voyons Pierre se lever pour faire un discours. Il est le chef de l'Église ou en tout cas se présente-t-il dans son discours comme cela. Il est le garant de cette institution qui est en train de naître. Et lorsque Luc écrit le livre des Actes, beaucoup d'eau ayant déjà coulé sous les ponts de cette Église naissante, on est à peu près sûr qu'il pense à l'Église et à son fonctionnement.
Et l'institution a horreur du vide. Pour Pierre, il est impensable que le Collège des apôtres reste incomplet et donc il propose à l'ensemble des disciples qui sont présents -120- de choisir un nouvel apôtre. Et pour cela, il définit des règles, des règles dont on peut penser qu'elles sont mises en place à ce moment précis de l'histoire de l'Église, des règles qui sont toujours en vigueur au sein de l'Église Universelle : pour être apôtre, il faut avoir vécu avec le Christ, avoir participé à son ministère terrestre, l'avoir suivi depuis son baptême jusqu'à la résurrection.
Pour toutes ces raisons, L'Église va se dépêcher de choisir un douzième apôtre, et pour se faire elle s'en remettra au sort. C'est Dieu qui doit choisir ! Le texte ne dit pas si l'instrument du sort était un dé ou des petits cailloux. On ne sait pas comment il a été procédé, sinon que cela s'est fait après une prière d'invocation. C'est le nom Matthias qui sort du chapeau, on ne saura rien d'autre. L'histoire par ailleurs s'empressera de renvoyer cet apôtre à son anonymat.

Je ne suis pas loin de penser que lorsque Luc nous rapporte cette histoire, il a derrière la tête un peu d'ironie. Et cette ironie concerne justement cette volonté de vouloir colmater toutes les brèches, coûte que coûte, et, un peu dans la précipitation, en cherchant à se couvrir derrière un choix divin.
Pour Luc il y a bien évidemment un douzième (ou treizième selon les comptages) apôtre. Et ce douzième apôtre n'est pas Matthias ; ce douzième apôtre n'est pas quelqu'un qui a suivi les règles du jeu édictées par l'Église primitive, édictées par Pierre. Ce n'est pas quelqu'un qui a vécu avec Jésus physiquement depuis le baptême jusqu'à la mort.
Cet apôtre occupera plus de la moitié du livre des Actes. C'est Paul.
Et c'est Paul, lui-même, qui se présentera comme apôtre, parce que témoin de la résurrection du Christ. Témoin, non pas physiquement, mais spirituellement, témoin par une conversion sur le chemin de Damas, par une rencontre personnelle avec le Christ ressuscité. Paul est un apôtre qui fera de cet événement-là, la rencontre avec le Christ mort et ressuscité, le centre de sa prédication.

Peut-être aussi, Luc, en écrivant cet évangile, se souvient-il un peu ironiquement que le jour de la mort et de la résurrection, il n'y avait pas beaucoup d'apôtres au pied de la croix et au tombeau. Et que si l'on avait voulu être logique avec la règle édictée par Pierre, il aurait mieux valu que ce douzième apôtre soit l'une de ces femmes qui ont accompagné Jésus toute sa vie, certaines depuis sa naissance, et qui ont été fidèles jusqu'au bout, jusqu'à lui donner une sépulture décente, au mépris des dangers.

Ainsi l'Évangile de ce jour relativise bien des choses. Il y a d'un côté cette institution, l'Église, qui ne peut pas supporter d'avoir un creux, qui ne peut pas supporter d'être bancale et qui va coûte que coûte, par tous les moyens, essayer de faire coller la réalité à la règle qu'elle s'est donnée.
Et il y a de l'autre côté, l'annonce de l'Évangile. Cette annonce de l'Évangile qui ne dépend pas des hommes mais de l'Esprit Saint qui souffle où il veut, quand il veut, et qui se choisit les apôtres qu'il veut, même parmi ceux qui ont un temps combattu l'Église et qui ne correspondent pas au moule.
Il faut être reconnaissant au Nouveau testament et au canon qui a été mis en place, d'avoir su conserver l'une et l'autre des traditions dans l'Église, comme si le corps du Christ, l'Église universelle, ne pouvait pas ne pas marcher sur deux pieds.
Car il faut bien qu'il y ait d'un côté l'institution, garante de stabilité, et de l'autre la mission source de vitalité. Il faut bien qu'il y ait des bases à partir desquelles on puisse construire. Mais aussi, il faut reconnaître, accueillir, entendre cette action du Saint Esprit parmi les hommes qui se choisit les apôtres, qui se choisit celles et ceux qui vont dans le monde annoncer la parole de Dieu.

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