Prédication sur Luc 9 : 18-22 « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
-L’évangile de Luc présente Jésus en prière. D’ordinaire chez Luc, la prière précède les moments clefs de la mission de Jésus. La prière est première, avant toute parole, toute action, toute révélation. Il devrait en être ainsi dans l’Eglise. Le père Couturier disait que la théologie doit être ruisselante de prière. Pas seulement la théologie. Sans la prière, l’Eglise n’est pas dans sa vocation ; elle est une coquille vide, une institution dangereuse même, une imposture. Et c’est le sens de ce culte : nous tourner vers Dieu, présenter à Dieu notre Eglise locale, le remercier pour cette union d’Eglises, lui demander de nous accompagner par son Esprit pour qu’elle soit féconde. Le pasteur Gilles Boucaumont nous rappelait qu’au début de son ministère dans la paroisse du Marais, l’Eglise était menacée d’extinction. Alors tout avait été arrêté ; on s’était recentré sur l’essentiel, la relation à Dieu, la prière.
Jésus prie à l’écart. Il s’écarte de la foule. Prier nécessite sans doute cette mise à l’écart , prendre un peu de distance, pour gagner en disponibilité. Rodrigue me disait au téléphone que sur les chemins des Cévennes il s’était mis en discussion avec Dieu. Mais cette prière à l’écart n’est pas une prière solitaire. Les disciples sont avec lui, συνειμι. N’oublions pas que nous prions dans la nouvelle Eglise protestante unie avec de nombreux frères et sœurs que le Seigneur nous donne. Le moine dans sa cellule n’est pas seul, le protestant qui médite Paroles pour Tous ou le Pain quotidien n’est pas seul. Nous nous portons nos frères et sœurs en humanité dans notre prière. La prière n’est pas seulement une relation verticale à Dieu, elle est une relation horizontale au prochain.
La prière est ici le temps d’une interrogation « Que disent les foules de Jésus ? » Si on faisait un mini trottoir, un sondage à Granville : « Qui est pour vous Jésus ? » Un certain nombre répondraient : quelqu’un qui n’a jamais existé, niant pourtant une historicité admise. D’autres renverraient à des images folkloriques liées à l’enfance : « le petit Jésus »,ou un personnage de tableau, d’îcone, ou une sorte de sage, un peu marginal et non violent, en tout cas pour beaucoup Jésus est très loin de leur quotidien. Les réponses données par les disciples de Jésus sont révélatrices de l’époque : l’importance de la figure de Jean-Baptiste. Les deux courants religieux, baptiste et chrétien, ont été très proches avant d’être concurrents. Des milieux marqués par les milieux prophétiques de l’Ancien Testament, des milieux en attente. C’est une époque où on prêche et écrit des Apocalypses. Et bien, L’Eglise protestante unie se veut ouverte, ouverte à ce que disent nos contemporains, à tous nos contemporains, ouverte particulièrement à la culture, attentive à tout ce qu’ils expriment, sans juger, sans s’estimer supérieure.
Mais cette question sur les foules n’est pas seulement celle d’un homme soucieux de l’opinion, elle en prépare une autre plus fondamentale, une question qui est posée aux disciples et qui nous est posée également : « Qui dites-vous que je suis ? » Formulons- nous cette question mentalement maintenant et essayons d’y répondre.
Pierre prend la parole et répond de façon courte mais claire : Τον χριστον του θεου. Le messie de Dieu. Le messie, christos en grec, est la traduction de l’hébreu de mashiah qu’on peut traduire par « oint » et qui désigne d’abord et avant tout dans l’Ancien Testament, le roi choisi par Dieu pour assurer la paix. Un roi-prêtre. Avec les difficultés que connaît Israël dans son Histoire, les prophètes attendaient l’arrivée d’un messie. La parole de Pierre est la reconnaissance solennelle que Jésus est le messie. C’est la première confession de foi. Et là encore je pense à l’Eglise protestante unie. Notre Eglise ne doit pas être une Eglise patrimoniale, mais une Eglise de témoins, qui atteste, qui dit avec d’autres que Jésus est le messie. Comment dire notre foi ? Cela va être un des enjeux de notre Eglise protestante unie.
Pour l’heure, Jésus réagit d’une façon qui peut paraitre doublement étrange, d’abord au lieu de répondre à Pierre, il s’adresse collectivement à ses disciples, comme si Pierre avait été leur leur porte-parole. Ensuite il les rabroue sèchement. Pierre évoquait un roi messianique, Jésus oppose un homme rejeté par les autorités religieuses et les gens de savoir. Il dit des choses incompréhensibles, incompatibles avec l’idée de messie : la souffrance, la mort même. La messianité de Jésus n’est pas celle des foules, ni même celle des disciples. Une fois de plus Jésus nous prend à rebrousse-poils. Comme pour toutes les Eglises Chrétiennes, le chemin de l’Eglise protestante unie ne sera pas un long fleuve tranquille : difficultés d’argent, problèmes de relations entre les personnes, hostilité ou indifférence des contemporains peuvent nous attendre. Mais au bout de ce chemin, après l’annonce du vendredi saint, Jésus nous annonce le dimanche de Pâques. Olivier Filhol notre président régional rappelle dans son message de juin, que s’il n’a pas fait un temps de printemps, des graines ont pourtant germé, celles de l’Eglise protestante unie, à l'image de ce rosier.
A Dieu soit la gloire.
Denis Prizé.
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