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Église Protestante Unie Manche Sud

Blog d'actualités des églises de la Manche (Sud) Saint-Lô | Granville | Agon-Coutainville Suivez-nous également sur Facebook !

Parabole des vignerons, Matthieu 21: 33-46

Publié le 16 Avril 2013 par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud. in bible

Parabole des vignerons,  Matthieu 21: 33-46

Prédication proposée par Michel le 14 avril à Granville:

Si on cherche à trouver le sens de cette parabole en regardant ce que donnent les traductions les plus usuelles de nos bibles, on constate que l’on nous engage à lire ce texte comme si les ouvriers qui travaillent la vigne étaient mauvais.

En effet, les titres qui sont donnés à ce passage dans les différentes versions bibliques sont les suivants :

  • Parabole des vignerons
  • Parabole des vignerons homicides
  • Parabole des méchants vignerons
  • Les métayers révoltés.

Un seul de ces titres est neutre par rapport aux vignerons. Les autres ont

déjà formulé un jugement négatif sur eux. Avant même d’avoir commencé la lecture du texte, les vignerons sont désignés comme des méchants, si bien que notre opinion est déjà faite avant d’avoir commencé à lire.

Il n’est pourtant pas évident que les vignerons soient coupables. Cela dépend du regard que l’on porte sur le droit en vigueur. Les éditeurs font intervenir dans les titres qu’ils ont donnés, les reflets du droit de notre société occidentale, orientée vers le respect absolu de la propriété.

Si nous lisons cette parabole dans une autre société que la nôtre, celle où la maffia, par exemple, règne en maître, on donnera d’autres titres que ceux que j’ai cités. On dira, par exemple :

  • Histoire d’une révolution avortée ou
  • Echec de la libération.

N’oublions pas qu’un des textes fondateurs de la Bible nous parle de la

révolte des esclaves égyptiens conduits par Moïse avec la bénédiction de Dieu. Pour Moïse l’aventure a réussi, pour les vignerons elle a échoué.

Culte du 14 avril 2013 8

PREDICATION (suite)

Concentrons-nous sur l’attitude du propriétaire. Il se comporte d’une manière irresponsable et lâche. Je ne peux en aucune manière l’identifier à Dieu. il abandonne les vignerons à leur tâche et se contente d’envoyer des serviteurs pour réclamer son argent. Il n’établit aucune relation humaine avec ses ouvriers, il n’y a aucun échange.

Il ne reconnaît, pour justifier son comportement, que le droit établi en faveur des privilégiés. Comble de lâcheté, le propriétaire envoie son propre fils mater la révolte, et ce fils se fait tuer, sans que l’on sente aucun chagrin chez lui. On nous décrit simplement les représailles qu’il ordonne.

Peut-être êtes-vous irrités par cette entrée en matière, peut-être vous demandez-vous si je n’essaie pas de justifier quelques concepts appartenant au courant de la théologie de la libération chers aux pays d’Amérique Latine et condamnés par le pape ?

Je pense seulement que si on veut comprendre le message de Jésus, il faut le nettoyer de tous ce que les siècles ont accumulés de tradition à son sujet.

Cela nous amène, dans un premier temps, à comprendre que si Jésus donne tort aux vignerons, il ne leur donne pas tort pour les raisons sociales qui nous viennent à l’esprit. Jésus ne leur donne pas tort d’avoir molesté les serviteurs et tué le fils, même si cela nous choque, il leur donne tort d’avoir voulu contraindre leur maître à changer de comportement vis à vis d’eux. Il leur donne tort d’avoir rompu le contrat qui les liait à leur maître en lui confisquant le droit d’être le maître.

Qu’il soit loin ou près, qu’il soit bon ou mauvais, que sa propriété de la terre soit légitime ou pas, le problème n’est pas là ! Il est dit qu’il loua la terre aux vignerons, c'est-à-dire que les vignerons n’étaient pas des esclaves, mais qu’ils étaient liés au maître par un contrat librement consenti. Ils devaient normalement payer au maître ce qui lui revenait sans tenir compte de l’éloignement qui les séparait.

Culte du 14 avril 2013 9

PREDICATION (suite)

En agissant comme il l’on fait, ils ont voulu contraindre le maître à exister d’une autre manière, ils ont voulu le reconstruire à leur manière et, en fait, ils le contraignent à ne pas exister. C’est pourquoi ils tuent le fils. Plus de fils, plus d’héritier, plus de maître. Telle est leur logique.

C’est là où nous en sommes. Oublions pour un temps le propriétaire terrien et entrons dans l’allégorie de la parabole telle qu’elle nous est suggérée par le prophète Esaïe (notre 2ème lecture du jour), dont Jésus emprunte une partie du texte. Considérons, pour un temps tout au moins, que le propriétaire représente Dieu. Le vigneron sera donc celui qui fait contrat avec Dieu, c’est donc le juif pratiquant, fidèlement assidu au pèlerinage et aux sacrifices, et par extension, ce sera le bon chrétien, baptisé, confirmé et bien dans sa peau de membre de l’Eglise.

C’est donc le fidèle que nous sommes qui est mis en garde afin qu’il ne dénature pas la personne de Dieu, et qu’il ne tue pas Dieu en croyant bien faire.

Quand je dis le « bon chrétien », je devrais dire que tout chercheur de Dieu est concerné, car le chercheur de Dieu est celui qui est déjà en train d’établir un contact avec son Seigneur. Toute personne qui se sent liée à Dieu est concernée de près ou de loin par cet avertissement qui lui est fait de ne pas dénaturer la réalité de Dieu en le modelant à notre manière. C’est en agissant ainsi qu’on le tue.

Pour éviter cela, Dieu a suscité de nombreux témoins dont l’Ecriture nous rapporte l’histoire. Ils ont dit à leur manière la vraie nature de Dieu. Pourtant, beaucoup de gens, et même parfois des prédicateurs, éliminent les aspects de Dieu qui ne leur conviennent pas, ainsi le déforment-ils au risque de le tuer. Ils prêchent un universalisme béat en prétendant qu’il suffit de faire le bien !! Mais qu’est-ce que faire le bien ? Ils disent qu’il suffit d’aimer son prochain !! Mais qui est mon prochain ? Ils disent que Dieu pardonne toujours !! Mais ils oublient que le pardon, pour exister, doit être précédé par la repentance et qu’il doit être suivi par un changement d’attitude.

Nous sommes invités à mieux lire l’Ecriture et à approfondir notre approche de la foi pour ne pas tomber dans le piège qui consiste à faire comme les autres, à suivre naïvement le troupeau, à faire confiance à la tradition.

Culte du 14 avril 2013 10

PREDICATION (suite)

Or la parole de Dieu récuse le bon droit de la tradition, parce qu’elle nous provoque toujours à la nouveauté. Elle nous provoque là où nous n’avons pas envie qu’elle nous interpelle. Elle nous propose des itinéraires que nous n’avons pas envie de suivre, elle met sur notre chemin des prochains que nous n’avons pas envie d’aimer.

Ni les patriarches, ni les prophètes, ni les apôtres n’ont souhaités suivre les chemins que Dieu les a invité à emprunter ; mais ils les ont suivis à cause justement de cette relation étroite, puisée dans l’Ecriture, qu’ils ont établie dans la vérité avec Dieu et que nous sommes tous invités à établir.

Je ne voudrais pas être mal compris. Je ne voudrais pas que l’un ou l’autre parmi-vous se mette à penser à la suite de ce texte, que Dieu est comme le maître de la parabole et qu’il se venge au point de détruire ceux qui n’entrent pas dans ses projets et qui dénaturent son image. Dieu ne ressemble pas au propriétaire de la vigne, pas plus que vous ne ressemblez à ces vignerons mal intentionnés.

Cette histoire nous est racontée pour nous dire que quand on veut modifier l’image de Dieu, Dieu ne répond pas à nos désirs et ne ce conforme pas à ce que nous voulons.

N’imaginez pas, sous prétexte d’être fidèle au texte, que Dieu va punir les infidèles comme le fait le maître du récit. Au contraire, et vous le savez bien, Dieu va s’acharner à gagner à lui tous les hommes en commençant par les vignerons de la parabole.

C’est là que réside la difficulté de cette parabole. Elle ne nous demande pas d’identifier les personnages du récit avec Dieu ou avec nous-mêmes. Elle nous demande d’apprécier la situation ici décrite afin que nous corrigions, en fonction de ce que nous avons compris, que nous corrigions donc, nos comportements défectueux à l’égard de Dieu.

AMEN

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