2) Un temps de lutte spirituelle
Saint Augustin nous rappelle qu’il ne faut pas s’arrêter aux seules tentations du Christ. Le risque serait de se décourager car le Christ est le fils du Dieu Saint, le Dieu du Lévitique, l’Eternel, YHWH, séparé de manière radicale de l’humanité et de ses ombres par sa sainteté. Comment pourrions-nous vaincre ces tentations ? Est-ce humainement possible ? Saint Augustin nous dit : « tu remarques que le Christ a été tenté, tu ne remarques pas qu’il a vaincu ? ».
Revenons à ces tentations :
La première est liée à la faim- « il eut faim » -et à travers elle à nos instincts et nos pulsions. Les pulsions sont cette charge énergétique qui entraîne (Trieb, treiben, en allemand) notre psychisme. Les pulsions et instincts humains, faim, soif, la pulsion sexuelle, sont fortes. Elles deviennent tentations lorsqu’elles risquent de réduire la vie de l’homme à la satisfaction de ses pulsions : « l’homme ne vivra pas de pain seulement de pain ». La tentation de l’enfermement dans la satisfaction de nos pulsions. Je connais des gens qui ne semblent vivre que dans la satisfaction sexuelle, course épuisante et sans cesse décevante, source de souffrances, comme dans ce film Shame de Steve Mac Queen.
La deuxième est liée à la tentation du pouvoir-« je te donnerai la domination » J’ai remarqué dans l’engagement politique que l’altruisme pouvait cohabiter avec le plus féroce égoïsme et que pour avoir du pouvoir à quelque niveau que ce soit, un homme, une femme pouvait être prêt à vendre père et mère. Le goût du pouvoir n’est pas absent des Eglises. Fay exprime sa crainte que le ministère épiscopal puisse induire même inconsciemment ce travers. Il est tentant de confondre service et carrière.
La troisième est la plus subtile. Elle porte sur les dons reçus. « Puisque tu es le fils de Dieu… Dieu ordonnera à ses anges de te garder ». Nos plus grandes tentations portent là où nous avons le plus reçu de Dieu. Nos forces sont souvent aussi nos faiblesses. Une tentation bien assise, sécurisée par l’utilisation des Ecritures. Ah cette tentation, se servir de l’Ecriture pour s’autosatisfaire jusqu’au vertige de tenter Dieu même. La réflexion théologique doit se vivre dans l’insécurité, et non l’illusoire certitude de ne jamais faillir, de ne jamais tomber. La foi n’est pas présomption.
Mais rappelons-nous ces paroles d’Augustin : n’oublie pas que le Christ a vaincu. C’est une promesse de salut, au cœur de nos chutes. En Christ nous avons vaincu nos tentations. « Pèche et crois plus fort » dit Luther.
Que ce temps de carême soit une marche dans nos propres déserts, trouvons plus de temps pour prier, nous rendre disponible à Dieu, à sa grâce pour vaincre nos tentations et avancer à tâtons vers Pâques.
Denis Prizé
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