A partir de la fin du chapitre 9, l'Evangile de Luc nous invite à suivre Jésus sur sa route vers Jérusalem. Quel meilleur itinéraire pour notre temps de carême?
Les voyages ne sont pas toujours de tout repos, ils donnent parfois lieu à des énervements, des tensions. Je vois ici trois moments tendus:
-la tension du départ: dans l'écoulement des jours de sa vie, aux alentours de la trentaine, Jésus prend la décision de partir pour Jérusalem. Le texte grec dit que son visage se durcit (ἐστήριξεν). La résolution de ce départ n'est pas facile. Tout départ de chez soi est toujours un peu un arrachement, d'autant que le Christ pressent ici que l'issue de ce voyage sera un "enlèvement" qui risque bien d'être définitif!
-la tension évidente de la confrontation avec les habitants de ce premier village samaritain. Remplaçons anachroniquement "samaritain" par "palestinien" et on comprend tout de suite le refus d'accueuillir ces marcheurs juifs. Jésus revit "un mauvais Noël": pas de place pour lui dans les auberges. Jean et Jacques ont alors un coup de sang. "Les fils du tonnerre" appellent la foudre sur les mauvaises gens. Qu'ils soient consumés! C'est pour le moins expéditif. Mais ce danger de vouloir nier les autres, de les écarter de notre chemin, ne nous guette-t-il pas quand ceux-ci semblent venir contrarier nos plans, surtout si ceux-ci sont religieux (évangélisation, catéchèse, projet d'Eglise....) ?
-la tension de la conversion du regard. Jésus réprimande ses colériques compagnons de route. Des manuscrits ne nous renseignent pas sur le contenu de la leçon de notre Seigneur. Sobrement ils indiquent que nos voyageurs se dirigèrent vers un autre bourg. Ne pas faire de scandale, mais ne pas désespérer non plus et essayer ailleurs. L'Evangile ne nous dit pas s'ils ont été mieux reçus. Je l'espère car tout marcheur à pied sait combien il peut être décourageant de devoir aller plus loin que l'étape prévue!
La vulgate a ajouté cette belle conclusion : "filius hominis non venit animas perdere, sed salvare", "le fils de l'homme n'est pas venu pour perdre des vies d'homme mais pour les sauver". Voilà qui devrait calmer nos envies de mettre le feu. Au tout début de son itinéraire, le Christ nous rappelle que le chemin de Pâques est celui de la miséricorde de Dieu.
Denis Prizé.
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