Luc présente Jésus en route vers Jérusalem. Il traverse la Samarie.
Notons tout d’abord que Jésus est nommé le Seigneur, Kyrios, terme très fort qui indique sa souveraineté et sa divinité.
Le Seigneur Jésus désigne 72 autres disciples. Il avait établi un collège de 12 apôtres. Pourquoi 60 supplémentaires ? Pour montrer que la mission n’est pas limitée aux douze, que la mission déborde toujours l’Eglise institutionnelle, que personne ne peut monopoliser le message de Dieu. Tout disciple est légitime s’il répond à un appel du Christ. Voilà qui nous interdit tout sectarisme. Dieu envoie en mission au-delà de nos cercles, de notre Eglise. Pourquoi 72 ? Parce que l’on dénombre dans la version grecque de la Genèse une table de 72 peuples formant l’humanité (Genèse 10). Jésus vient de quitter la Galilée, la mission va s’étendre au-delà du peuple juif, au monde entier.
Luc présente Jésus envoyant ses disciples par deux comme des Témoins de Jéhovah ou des Mormons, sauf qu’il leur demande de ne pas aller de maison en maison (verset 7). Pourquoi deux ? Car on n’est pas en mission seul, sinon on risque de propager sa propre parole et non celle du Christ, parce que cette parole doit être partagée avant que d’être proclamée. La mission chrétienne n’est pas celle d’un gourou solitaire mais de gens qui font alliance les uns avec les autres. La mission est un travail collectif d’où la prière de demander des ouvriers.
La mission n’est pas la mission de l’Eglise qui diffuserait son idéologie, mais comme le texte le dit littéralement : « il les envoya deux par deux devant sa face dans toute localité où il devait aller. » Autrement dit notre mission est d’annoncer Jésus-Christ, de précéder Jésus-Christ. Un peu comme Jean-Baptiste, on prépare la venue du messie chez nos contemporains. Toute notre mission d’Eglise est là : aimer nos frères, leur favoriser la réception du Christ. C’est ce que nous sommes appelés à faire cet été : préparer l’accueil de Jésus-Christ par nos familles, nos amis, mais pas seulement….
La mission est comparée à une moisson, la moisson est la récolte des céréales. Elle implique que la mission est un travail qui au passage mérite salaire. Nos pasteurs sont rétribués pour leur ministère qui est avant tout d’annoncer la Parole du Christ. Comment rétribuons-nous les autres ministères, ceux qui chantent, animent des groupes de partage, fleurissent et préparent les temples ? Il y a bien des manières de rendre à ceux qui donnent de leur temps pour le Christ. Même si pour chacun de nous qui s’engage dans la mission, il faut le faire généreusement, gratuitement envers Dieu, témoignant ainsi du salut gratuit par la foi.
Ce travail missionnaire est une moisson. La moisson est dans toute la Bible l’image utilisée pour désigner le jugement de Dieu comme dans le texte de l’Apocalypse que nous avons lue tout à l’heure. Ainsi les disciples du Christ ne sont pas en mission pour un temps ordinaire et une action ordinaire , mais participent à une œuvre eschatologique, celle de l’annonce d’un Royaume et d’un jugement, pas une domination humaine opprimante comme celle de la bête de l’Apocalypse mais comme le Royaume de Dieu qui est affranchissement, l’annonce du jugement qui n’est pas condamnation mais justification.
Cette mission est décrite par Luc comme celle d’agneaux au milieu des loups, non pas que nous soyons des agneaux et les autres des loups. Le pasteur Boucaumont nous a donné un bel enseignement sur les agneaux et les loups dans l’Eglise, mais notre message va à l’encontre bien souvent des idéologies du monde. Le message du Christ n’est pas celui de bien des idéologies politiques, de bien des manières de vivre en ce monde. Il est un message de paix au milieu de discours de guerre. Ce message est d’une urgence qui exclut toute perte de temps en interminable salutation à l’orientale ! (verset 4).
Une mission qui dans l’Evangile de Luc s’adresse aux maisons et aux villes
Aux maisons : Il nous faut aller à la rencontre de nos contemporains dans leur chez soi, car le Christ peut venir dans toutes les maisons, dans toutes les situations de vie, dans toutes les cultures. Si les 72 missionnaires ne devaient pas s’attarder en salutations inutiles , ils sont appelés dans leur mission à saluer les maisons par un ειρηνης, « paix », traduction du shalom hébraïque. Une salutation et un vœu de paix qui engage et qui est efficace pour celui qui la reçoit. La paix est messianique, au sens où elle prépare le chemin du Christ. Quand on apporte la paix, on est messager du Christ. Marie Noelle Thabut dit ceci : Il faut à tout prix croire à la contagion de la paix : quand nous souhaitons vraiment de tout coeur la paix à quelqu'un, réellement la paix grandit. On le sait d'expérience. Encore faut-il que notre interlocuteur soit lui aussi ami de la paix ; s'il ne l'est pas, Jésus leur dit « Secouez la poussière de vos pieds », c'est-à-dire ne vous laissez pas alourdir par les échecs, les refus... Que rien ne vous fasse « traîner les pieds », en quelque sorte ! Les disciples sont appelés à vivre dans les maisons, à partager le quotidien des gens : « manger et boire ». La mission à laquelle nous sommes appelés n’est pas une propagande qui reste extérieure à ce que vivent les gens, mais on doit partager un vécu, sinon l’Evangile ne sera que des mots qui s’envoleront.
La mission s’adresse aussi aux cités, polis, on passe à une autre échelle, celle des communautés ou collectivités plus grandes. L’évangile doit être proposé et non imposé, l’accueil est premier. Ce qui insère bien notre mission à l’intérieur d’un cadre laïc où les consciences doivent être respectées. Le conseil est de manger ce qu’on vous offrira. Partir du don de l’autre avant d’apporter l’Evangile. S’ouvrir à l’autre, aller au-delà des ses interdits culturels- Le Seigneur est en train de dire aux Juifs de se préparer à ne pas manger casher. Le ministère proposé à l’intérieur de la cité est celui de la guérison. On peut prendre ce terme au sens le plus large : apporter un soulagement, une remédiation à toutes les difficultés sociales. La mission du Chrétien dans le Monde ne me semble pas de se crisper sur une morale qu’on voudrait imposer aux autres. Cela ne marchera pas, mais d’aider les gens dans leur vie à suivre le Christ. Par exemple notre Eglise, au lieu de s’enfermer comme d’autres dans un anti-mariage pour tous, propose de réfléchir sur la bénédiction donnée à tous, mariés ou divorcés, en couple ou célibataire, hétéro ou homosexuels. Dire du Bien, dire « La paix soit avec vous ». C’est aussi, et je termine la dessus un appel à l’optimisme ici et maintenant : oui, malgré les apparences, peut-être, « le Règne de Dieu est arrivé ».
A Dieu seul la gloire.
Denis Prizé
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