Ce dimanche 7 avril 2013 le printemps hésite encore à paraître. Il fait 4°. Nous nous sommes retrouvés au temple de Saint-Lô pour le culte du premier dimanche après Pâques, dimanche de Miséricorde dans le calendrier liturgique luthérien.
Lectures du jour:
Proverbes 1: 8-19
Apocalypse 21:1-19
Jean 20:24-29.
Prédication de Denis: croire sans avoir vu, ou Thomas notre frère.
Croire sans avoir vu ? Quand ce texte de l’Evangile de Jean a été écrit, vers 80-90 de notre ère, Jésus était mort depuis déjà 50 ans. La plupart de ceux qui avaient vu Jésus de leur vivant étaient morts eux aussi : sa mère Marie, ses frères Jacques, Jude, ses sœurs, ses disciples Pierre, Matthieu… La communauté chrétienne était déjà formée de gens qui n’avaient pas vu Jésus physiquement. Des hommes et des femmes avaient entendu des hommes et des femmes qui avaient entendu d’autres qui avaient entendu Jésus le Nazaréen… Ce texte nous parle de foi, de transmission de la foi, ce texte nous parle de Thomas.
« Thomas n’était pas avec eux quand vint Jésus ». Thomas est doublement absent : en manquant à ses frères, il manque Jésus. Où rencontrer Jésus ressuscité si ce n’est dans la communauté de ceux qui l’ont vu et qui ont reçu l’appel, les douze ? Jésus vécut parmi les humains et c’est encore dans l’humanité qu’il se trouve. Ne cherchons pas le christ en dehors de la fraternité humaine. Le texte semble nous dire que manquer l’humanité, c’est manquer le Christ. Il n’y a pas de chemin vers Lui qui ne passe par nos frères et sœurs. Donc Thomas a doublement manqué, rappelant par cette double absence son nom même, Didyme, le jumeau. Le témoignage des autres tombe à plat pour Thomas : « nous avons vu le Seigneur ». Notons au passage ce qualificatif-réservé à Dieu, ce nom de Kyrios en grec traduction de l’Adonaï hébreu qui était prononcé lorsqu’on lisait le tétragramme du Dieu unique : « Celui qui est ». A cette vision théologique, Thomas répond par un désir de voir le corps même de Jésus, son corps supplicié. Il cherche à voir, toucher. C’est un homme du sensible, du tangible, du tactile-Thomas aurait peut-être été très à l’aise avec nos téléphones portables - Sa foi, surtout, est tributaire d’une incarnation. Un très grand nombre de nos contemporains sont comme Thomas. Ils cherchent la vérité de notre foi dans ce qui est visible. Ils n’ont pas nécessairement tort. Est-ce que cela se voit le christ ressuscité dans notre Eglise de St Lô ? Thomas n’est pas l’homme des spéculations, il lui faut du concret. Il semble traumatisé par le supplice que le Christ a subi et ne pourra reconnaître Jésus que dans son corps martyrisé. J’ai remarqué que lorsqu’un de nos proches meurt après une maladie, il faut beaucoup de temps de deuil pour le revoir autrement que malade. Les paroles de Thomas « si je ne place pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne passe pas la main dans son côté » disent l’ aveu d’une impossibilité de croire, car croire- l’attitude de foi dans nos vies- c’est d’aller au-delà de l’apparence (or Thomas veut des traces), aller au-delà des évidences (or Thomas veut mettre sa main sur le côté), aller au-delà du compréhensible (or Thomas veut expérimenter-il pourrait être le patron des chercheurs), aller au-delà du corps (or Thomas veut toucher un corps), au-delà de la souffrance (or Thomas veut retrouver son maître et ami dans les marques de sa souffrance), au-delà de l’apparente finitude et de l’apparent échec (or Thomas en est resté au condamné à mort). Les exigences jusqu’au boutistes de Thomas trahissent sans nul doute une grande déception, une grande souffrance, mais aussi un grand amour pour Jésus. Dans ce domaine Thomas ne manque pas de foi. Il est emmuré dans sa souffrance, la perte d’un ami et d’un maître. Or le Christ ressuscité ne se manifeste pas à Thomas tout de suite. 8 jours passent. Une semaine et un jour. Comme ils sont longs ces jours de deuil si rien ne vient apaiser la morsure profonde du manque de l’autre. Une semaine et un jour, le cycle de la vie a repris, les jours de travail, le sabbat, les préoccupations du quotidien, ceux du pays-les agitations, nous sommes quelques années avant le massacre des Samaritains sur le mont Garizim, c’est la fin du règne de l’empereur Tibère. Thomas ne trouve pas ses marques, les psychologues diraient qu’il n’a pas eu le temps de se reconstruire des rites-tout sans doute lui reste extérieur, emmuré qu’il est dans son chagrin. Pourtant Jésus va –comme dit le texte passer à travers les portes closes – La première étape est qu’il retrouve ses frères. Et c’est au milieu de ses frères que se tint Jésus. Il est là le lieu de la foi : au milieu des autres. Et Jean souligne ici toute l’importance de la communauté des disciples. Nous devons être la communauté qui atteste-c’est un des sens du mot Protestant- de la résurrection de Jésus. Jésus se manifeste en donnant la paix Ειρηνη ύμίν « paix à vous ». La grâce de la foi en Christ ressuscité, c’est la paix, l’apaisement des tensions intérieures et des tensions avec les autres. La résilience chrétienne semble être une réconciliation, l’intégration du pardon dans nos vies, se savoir pardonné pour pouvoir pardonner à notre tour. La paix à vous, malgré le passé, l’horrible souvenir de la Pâque de l’année 30, le terrible jour du 7 avril 30, Jésus torturé, abandonné, trahi, hurlant sa souffrance sur la croix, agonisant épuisé demandant à boire. « Paix à vous ». La paix malgré le deuil, la séparation, la mort, les morts qui se succèdent déjà. « Paix à vous ». La paix malgré les doutes, le sentiment d’échec, la tentation du désespoir. « Paix à vous ». La paix malgré ce petit groupe reclus par la peur, travaillé par le doute. « Paix à vous ». Pour clôre cette méditation, j’attire votre attention sur la réaction de Thomas. Il ne cherche plus à vérifier, à mettre ses mains dans les plaies comme il l’avait souhaité. « Il n’a plus besoin de cela. Et sa confession de foi éclate, belle et puissante » comme l’écrit la pasteure Marie-Odile Miquel : ô Mon Seigneur, Ô mon Dieu. Thomas et Jean percent le mystère de Jésus. Sa manifestation au-delà de la mort signifie qu’il est Seigneur, manifeste sa divinité. Alors, nous dans la Manche avec d’autres, nos frères catholiques, anglicans, évangéliques, nous sommes les héritiers de ces hommes là, les héritiers de Thomas, un maillon de cette longue chaîne de transmission de gens qui se passent le relais, du printemps de l’année 30 au printemps de l’année 2013 : oui, dans ce printemps froid affirmons : il est vraiment ressuscité. Jésus-Christ est vivant.
A Dieu seul la gloire.
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