Que de morts! Pas moins de onze fois l'expression "mettre à mort" (מֹ֥ות יוּמָ֖תוּ) revient dans ce texte, sans compter les synonymes (lapider, brûler).
On a l'impression que l'évocation de la barbarie de Molek, pour qui on faisait passer des enfants par le feu, a contaminé tout le chapitre.
On peut être légitimement heurté par cette brutalité, mais c'est oublier que" les textes bibliques sont très souvent le reflet de notre propre violence" (Jean-Marie dans un groupe bible à Granville).
Qui est condamné à mort? Essentiellement des personnes pour des actes sexuels (incestes, bestialité, adultère, homosexualité masculine), mais aussi pour des pratiques divinatoires, et pour insulte et malédiction prononcées contre son père ou sa mère.
Alfred Marx fait remarquer que par les versets 9 et 10 qui introduisent la liste casuistique des actes et des condamnations, les prêtres juifs veulent mettre en exergue deux principes tenus pour fondamentaux: le respect des parents d'un côté, le respect de la femme de l'autre.
Les sanctions édictées veulent indiquer un ordre de gravité décroissant de l'acte: la lapidation (peine exécutée collectivement par le peuple) pour les sacrifices d'enfants et la divination. Ceux qui entrent en relation avec les défunts sont mis sur le même plan que ceux qui précipitent dans la mort des enfants à Molek. Le milieu sacerdotal qui a rédigé ce texte tient à marquer une opposition totale entre le monde des vivants et des morts pour préserver la vie dans le culte de Yahweh. ("Je suis le Dieu des vivants"..."Laisse les morts enterrer les morts" sera-t-il dit plus tard). Puis le bûcher qui ne permet pas de réunir les corps à ceux de leurs familles, pour un homme qui prend pour épouses une fille et sa mère. Enfin la "simple" peine de mort pour les autres cas.
Rappelons-nous que les préoccupations de ce milieu sont d'ordre cultuelles avant d'être éthiques: la bête victime de zoophilie est abattue, alors qu'elle n'y est pour rien. De même pour la femme considérée comme naturellement consentante.
Ces peines ont-elles été appliquées? Malheureusement, oui, et de tels supplices ont existé dans la chrétienté européenne jusqu'au XVIII ème siècle, encore aujourd'hui dans certaines parties du monde. Mais il faut noter que le judaïsme postérieur a voulu clairement atténuer et rendre inapplicables ces peines.
Jésus Christ a très clairement refusé cette barbarie avec une pédagogie limpide, en sauvant la femme adultère du supplice qui l'attendait. Jean 8. "Je ne te condamne pas". La mort n'a pas le dernier mot. Louons le Christ et opposons nous en son nom vigoureusement contre toute peine de mort.
nb: la fédération protestante de France ( et l'Eglise protestante unie) rappellent depuis la motion de mars 1979 que la peine de mort est incompatible avec l'Evangile.
Denis Prizé
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