Voici la prédication proposée par Michel le soir de l'Ascension:
La résurrection du Christ est certainement le point culminant de chacun des 4 évangiles. Il est donc légitime que cette résurrection soit le point central de la foi chrétienne.
Le problème, c’est que nous ne sommes pas très à l’aise avec cette notion.
Le fait que ce soit présenté comme un point central de la foi n’est pas fait pour nous mettre à l’aise ! Nous sommes pleins de bonne volonté, nous voudrions croire au mieux ce point que l’on nous dit central, essentiel, particulier au christianisme.
Et cette exhortation de Paul aux Corinthiens, répété avec force par les bien- pensants, met une pression terrible sur les épaules des peuples : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est alors vaine, et votre foi aussi est vaine »
Pourtant notre hésitation est légitime, et le doute est non seulement permis mais normal. La preuve, c’est que dans le récit de l’Ascension donné à la fin de l’Evangile selon Matthieu, il est précisé : « les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. Quand ils le virent, ils l’adorèrent. Mais ils eurent des doutes. »
Certaines versions « corrigent » pudiquement le « ils eurent des doutes » en « certains eurent des doutes », mais c’est bien ce qui est marqué et si les apôtres eurent unanimement des doutes, nous avons bien le droit d’en avoir de ce doute des apôtres qui n’est pas un rejet du Christ, mais qui est une interrogation, une liberté d’appropriation.
Mais qu’entendre par cette fameuse résurrection du Christ ?
- Certaines personnes pensent que Jésus est revenu dans son corps, en chair et en os pendant 40 jours.
- D’autres personnes pensent que Jésus vit dans nos cœurs, que son message de foi et d’espérance vit en nous.
On a le droit d’avoir une opinion personnelle, les textes des évangiles tiennent en réalité les deux versions à la fois.
Le Christ ressuscité y est présenté à la fois comme très corporel, mangeant des poissons et pouvant être touché (voir Jean 20), mais en même temps, nous voyons dans ces récits que ses proches ont du mal à reconnaître Jésus, qui passe à travers les portes fermées et disparaît en un clin d’œil (ce qui ressemble plus à une expérience de foi des disciples qu’à une rencontre physique)
Le récit de l’Ascension réunit les croyants des deux opinions. De toute façon, nous dit ce récit, maintenant Jésus est vivant autrement qu’en chair et en os ici-bas. Après l’Ascension nous sommes tous à la même enseigne sur ce plan.
Par conséquent, semble nous dire ces récits de l’ascension : qu’importe si la présence du Christ ressuscité était d’abord en chair et en os ou s’il était simplement vivant dans le cœur des témoins.
De toute façon, nous sommes maintenant dans un temps où le Christ est
venu et où il n’est plus là physiquement. Maintenant, c’est à vous de parler, c’est à vous d’aimer ce monde que Dieu aime, d’avoir de bon projets, c’est à vous d’aller chercher la brebis perdue en son nom, c’est à vous d’attendre le fils prodigue, à vous d’annoncer la façon dont Dieu aime, c’est à vous de faire corps ensemble grâce au Christ.
De toute façon, nous disent les textes de l’ascension : il nous faut faire le deuil de la présence de Jésus de Nazareth, comme les premiers témoins ont dû le faire. Le deuil que les apôtres doivent porter à la mort de jésus, ce n’est pas tant la mort d’un ami que la perte d’une espérance, ou plutôt, la perte d’une fausse espérance.
Car en réalité, bien qu’ils aient vécu avec Jésus plusieurs années, il ne semble pas qu’il était vraiment pour eux comme un ami, sauf quelques-uns comme Jean, Lazare ou Marthe, comme Marie-Madeleine et Marie, sa mère, bien entendu.
Mais pour la plupart des gens, Jésus était trop impressionnant, trop bizarre
aussi pour être vraiment un copain pour la plupart des gens. C’est plutôt leur espérance que ses disciples pleurent à sa mort, comme le disent les pèlerins d’Emmaüs dans l’Evangile selon Luc : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ». C’est ce que disent également les apôtres à l’Ascension : « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ? ».
Tous, ils attendent que Jésus arrange nos affaire en ce monde, que Jésus mette plus de justice, plus de paix, qu’il mette du pain sur notre table et de la chance dans notre vie, de bonnes récoltes, pas de voleurs, des amis fidèles…
Le problème, c’est que ça ne marche pas comme ça !!
C’est normal de souhaiter tout plein de bonnes choses pour ceux que nous aimons (et un peu pour nous aussi quand même), c’est une bonne idée de présenter cette espérance à Dieu, et de lui demander son aide. Mais, nous dit l’Ascension, ça ne marche pas comme ça, ce n’est pas Dieu qui va faire pleuvoir des pains sur la table du pauvre, ce n’est pas Dieu qui fait pleuvoir sur les terres asséchées de nos campagnes, ni fera la paix entre nous.
Pourtant, il ne demande pas mieux, évidemment. Mais le Christ n’est plus sur la terre, il est au ciel. A l’Ascension, Christ nous appelle à devenir adultes, et à la Pentecôte l’Esprit-Saint nous aide à le devenir.
Dans le livre des Actes, nous avons lu :
« Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins. »
Le Saint-Esprit, ou pour parler autrement, la puissance d’évolution qu’est
Dieu, nous donnera des yeux pour voir, des oreilles pour entendre notre monde.
Notre prière sera donc une prière qui est une espérance tournée vers Dieu en tant que puissance d’évolution pour nous rendre collectivement et personnellement plus humain, que nous soyons plus aimants, plus clairvoyants, plus habiles et plus enthousiastes pour prendre notre part dans le salut du monde…..
C’est effectivement ce qui arrivera aux apôtres, et c’est en vue de cela que nous sommes ici à notre tour.
L’Ascension nous invite à convertir notre espérance, à convertir, purifier ce que nous attendons de Dieu, à purifier notre prière.
En Christ, nous naissons à la vie adulte
AMEN
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